

Ce site regroupe des chercheuses et chercheurs en sciences sociales qui développent des recherches-actions / des recherches-créations dans des quartiers populaires, en coopérant égalitairement avec les personnes directement concernées et en hybridant souvent leurs pratiques avec les contributions d’éducatrices de rue, d’artistes, d’architectes, de militants de quartiers… Le site a pour objectif de présenter les chantiers engagés et de mettre à la disposition des citoyennes, militants et chercheuses intéressés l’ensemble des textes et productions réalisés. Ce site s’inscrit dans le paysage [ou la constellation ?] des Fabriques de sociologie, de la revue Agencements (Recherches et pratiques sociales en expérimentation), de la fanzinothèque en ligne comme-un-fanzine et du projet Territoires en expérience(s) (Campus Condorcet, LIAgE – Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis).
En Rue est à la fois un projet urbain, citoyen et culturel, lancé à l’initiative d’habitant·es des quartiers Guynemer et Jean Bart à Saint-Pol-sur-Mer (agglomération de Dunkerque) et qui a été également actif dans le quartier Degroote à Téteghem. Dans une perspective d’écologie urbaine et sociale, lors des chantiers En Rue, des habitant·es, des architectes, des artistes et des éducateur·trices coopèrent pour rééquiper les espaces publics et améliorer le cadre de vie du quartier, en s’appuyant sur les savoir-faire et les pratiques des habitant·es et en privilégiant le réemploi de matériaux et objets urbains déclassés. En Rue ouvrira en septembre 2019 dans les quartiers Jean Bart / Guynemer un « lieu » (nommé Le Cube) qui fera « commun » pour les habitant·es ; ce lieu fermera en raison de l’hostilité de la municipalité.
Depuis plusieurs années nous tentons de faire vivre des dispositifs de recherche-action dans la ville de Saint-Denis, en abordant ces derniers comme des instruments démocratiques permettant d’appuyer les dynamiques de capacitation citoyenne déjà à l’œuvre sur le territoire. Parmi elles, le Centre social coopératif Le 110, première expérience en France d’un Centre social créé sous statut coopératif, nous semble être un point de départ particulièrement riche pour agir et questionner le territoire. Depuis avril 2024 nous avons décidé d’y installer une « Permanence recherche ».
Dans la continuité des autres permanences que l’on retrouve dans la plupart des centres sociaux (permanence droit au logement, permanences juridiques, permanence sociale), la permanence recherche tend à faire de la recherche en sciences sociales un commun, et de la recherche-action un droit politique dont nous pouvons tous·tes nous saisir pour agir sur nos milieux de vie : un droit à enquêter, à faire histoire, à problématiser, à documenter, à coopérer, à analyser, à conceptualiser, à mettre en récit… Un premier motif a été posé « Récits de vie, récits de ville », et tente de contribuer à l’émergence de récits singuliers qui permettent de découvrir et d’écrire la ville autrement, à partir des expériences mineures, des expérimentations autonomes, des dimensions plus sensibles. Tenter collectivement de donner à voir, à lire, à entendre, à sentir-penser une ville « autrement populaire » à partir de ce que les gens vivent, revendiquent, tentent, luttent, désirent, éprouvent…
Cette permanence de recherche a initialement vu le jour à l’initiative de Benjamin Roux dans le cadre de sa thèse portant sur le quartier du Blosne à Rennes dont il est également habitant.
Il s’agit pour l’instant d’une après-midi par mois, depuis octobre 2024. Cela se passe dans le hall du Polyblosne, pôle associatif du quartier, inauguré en septembre 2023 et qui héberge 70 associations à commencer par la Maison des squares qui en a la gestion.
Les premières sessions ont été l’occasion de faire connaissance, d’installer la démarche et dans le but de faire émerger des envies et pratiques plus collectives à l’échelle du quartier.
Depuis 2025, nous avons ouvert un espace de co-formation à/par la recherche-action. Il s’agit ici d’essayer d’institutionnaliser un temps où il est possible, pour les acteur·ices des quartiers prioritaires de Bayonne, de venir se rencontrer et approfondir ensemble les questions qui les préoccupent. Sous la forme d’une permanence de recherche qui se déroule dans la ZUP de Bayonne, nous tentons de porter attention ensemble à ce qui nous tient dans nos pratiques, ce que nous souhaitons transformer ou amplifier dans l’idée que cela peut nous aider dans un contexte d’accroissement des difficultés. Cette recherche permet de soutenir l’élaboration professionnelle et d’aller jusqu’à l’écriture. Travailler à la qualité des écritures individuelles et collectives, donner de la valeur à ce à quoi nous portons attention, apprendre à se lire, et produire des publications autonomes qui trouvent leur place dans l’écologie du quartier.
Ces Cahiers dionysiens défendent une conception radicalement démocratique de la recherche et, dans le même temps, donnent à voir une approche collective, pluraliste et éprouvée de la fabrication de la ville. À cette intersection, nous pensons que les démarches de corecherche peuvent contribuer, de façon modeste, à équiper et outiller les expériences et les expérimentations locales ; appuyer et renforcer le pouvoir d’agir des communautés ; défendre et porter attention à la multiplicité des milieux de vie et d’activité. Vous l’aurez compris, dans cette perspective, la construction de savoirs et de connaissances ne renvoie plus à la seule activité spécialisée du chercheur, qui ferait alors de Saint-Denis « son » terrain, mais s’éprouve, se compose et se valide collectivement dans un mouvement de co-formation permanent. Les Cahiers constituent alors un espace d’apprentissage collectif (et il en existe bien d’autres sur la ville) qui éduque notre attention aux multiples manières de vivre, de dire, d’écrire et de lire ce territoire-en-expérience.
Le terme « corecherche » renvoie aux démarches « d’enquête de masse » qui se sont développées dans les mouvements sociaux italiens des années 70 ainsi qu’à un héritage de la recherche-action à l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis. Nous engageons notre proposition depuis ces deux antériorités. L’une comme l’autre, chacune à sa manière, reconnaît que la recherche est un droit politique dont nous pouvons nous saisir collectivement pour (mieux) agir sur nos vies quotidiennes. En réengageant cet imaginaire, nous pensons que notre université, avec son histoire intellectuelle et politique singulière, peut soutenir et capaciter son territoire d’accueil. Ce que Vincennes et sa tradition critique apportent à Saint-Denis. Ce que Saint-Denis et sa créativité populaire apportent à Vincennes.