En Rue • Le projet • Présentation du Corpus

Quartiers Jean Bart / Guynemer (Saint-Pol-sur-Mer, agglomération de Dunkerque) et Degroote (Téteghem)

Permanence de Recherche • 2018/2021

Projet En Rue

En Rue est à la fois un projet urbain, citoyen et culturel, lancé à l’initiative d’habitant·es des quartiers Guynemer et Jean Bart à Saint-Pol-sur-Mer (agglomération de Dunkerque) et qui a été également actif dans le quartier Degroote à Téteghem. Dans une perspective d’écologie urbaine et sociale, lors des chantiers En Rue, des habitant·es, des architectes, des artistes et des éducateur·trices coopèrent pour rééquiper les espaces publics et améliorer le cadre de vie du quartier, en s’appuyant sur les savoir-faire et les pratiques des habitant·es et en privilégiant le réemploi de matériaux et objets urbains déclassés. En Rue ouvrira en septembre 2019 dans les quartiers Jean Bart / Guynemer un « lieu » (nommé Le Cube) qui fera « commun » pour les habitant·es ; ce lieu fermera en raison de l’hostilité de la municipalité.

Entre mai 2018 et janvier 2021, une équipe de chercheur·es en sciences sociales, composée de Martine Bodineau, Louis Staritzky et Pascal Nicolas-Le Strat (réseau des Fabriques de sociologie et Territoires en expérience(s), axe du laboratoire  Experice – Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis & Campus Condorcet), s’est associée au projet En Rue. L’équipe inscrit son travail dans la filiation de la recherche-action et des démarches apparentées (recherche-expérimentation, recherche-création…). Dans le cadre du projet En Rue, elle a développé une « permanence de recherche », à savoir une présence en continuité, dans la durée, réengagée à l’occasion de chaque chantier. Cette approche est en affinité avec ce que Patrick Bouchain, Sophie Ricard et Edith Hallauer nomment « permanence architecturale », au sens où l’architecte se familiarise avec les lieux et tend à y devenir, pour un temps donné, un habitant ordinaire. L’équipe fabrique sa recherche en faisant expérience avec les personnes, en partageant les activités des acteurs.

Cette recherche-action En Rue a associé de manière régulière : Nabyl et Farid (éducateurs), Cheyenne (habitante, monitrice-éducatrice en formation), Jean-Michel, Francis, Karen, Nathalie, Yves, Claire (habitant·es), Morad (éducateur en formation), Saïd, Salem, Anthony, Fayssal, Christelle, Antoine (habitant·s, membres de l’association Éco-Chalet), collectif Aman Iwan (Feda, Christian, Côme, architectes), Patrick (ville de Dunkerque), Emmanuella (ville de Téteghem), Catherine (artiste, architecte), Claudine et Philippe (Conseil citoyen de Téteghem), Yann (animateur).

Elle a été développée à partir des orientations suivantes :

Des recherches conduites en coopération, en valorisant des dynamiques de co-élaboration et de co-production.

Les habitant·es et citoyen·nes d’un quartier disposent d’un riche savoir sur leur expérience. En tant que chercheur·es, nous lui portons attention (comment faciliter l’expression de ces savoirs ? Comment créer les conditions pour que, collectivement, nous puissions prendre connaissance et conscience de cette « expertise » que les personnes possèdent sur leurs conditions de vie ?) et nous lui portons considération (comment contribuer à la mobilisation et à la reconnaissance de ce savoir ? Comment renforcer sa légitimité ?). Il s’agit pour nous, chercheur·es, de contribuer à la valorisation de cet ensemble de connaissances et expertises.

Un collectif de recherche élargi.

La recherche n’est pas conduite par les seuls chercheur·es. L’ensemble des questions qui se posent à la recherche et que pose la conduite de la recherche elle-même concernent et intéressent toutes les personnes associées au projet, que ce soient les habitant·es du quartier, les usagers d’un lieu, les différent·es professionnel·les (éducatrice, chargée de mission, agent d’une Collectivité, architecte, artiste…). Il convient donc d’instaurer un cadre collectif, pluriel et pluraliste, afin que l’ensemble des enjeux de la recherche puissent être confrontés, discutés et éventuellement controversés.

Une recherche en expérience et en expérimentation.

Nous considérons que pour comprendre ce que vivent des personnes (le cœur de métier d’une recherche en sciences sociales), le mieux est de partager des expériences de vie et d’activité avec elles, en devenant en quelque sorte « membre » de leur communauté ou de leur groupe, durant le temps limité d’une recherche. C’est en faisant expérience avec les personnes concernées que nous pouvons espérer approcher les réalités qu’elles vivent et nous familiariser avec ce qu’elles ressentent et ce qu’elles pensent. Il s’agit donc pour nous de « venir en expérience » avec les protagonistes des situations qui intéressent notre travail. Nous n’hésitons pas à nous associer à leur activité, à jardiner quand nous menons des recherches dans un jardin partagé, à fabriquer ou bricoler quand nous nous intéressons à des pratiques de co-construction et d’auto-fabrication. Vivre par soi-même, en tant que chercheur, est un « outil » méthodologique particulièrement fécond. Nous n’hésitons pas non plus à « expérimenter » avec les personnes, en prenant l’initiative d’une activité ou d’un projet, en le co-concevant avec elles et en le réalisant en commun.

Une interpellation réciproque des savoirs et des expériences.

En tant que chercheur-es, nous ne visons pas à déconstruire les autres savoirs sociaux mais, au contraire, nous cherchons à interagir avec eux, car ces interactions sont particulièrement stimulantes et fécondes pour la recherche. Savoirs d’expérience (l’expérience des habitant·es, des professionnel·les mais aussi des chercheur·es), savoirs spécialisés (les savoirs associés à la diversité des pratiques sociales, professionnelles ou non), et savoirs de recherche s’interpellent, se confrontent et « s’éprouvent » réciproquement. Chacun de ces savoirs chemine et se développe à l’occasion de ces interactions, grâce à elles et avec elles. Nous pensons que l’ensemble des acteurs peuvent en tirer un bénéfice et que chaque type de savoir peut être fécondé par cette dynamique – chaque savoir parvenant alors à se formuler plus clairement, à être mieux reconnu, à enrichir son langage, à devenir plus conscient de ses possibles et potentialités.

Cette « permanence de recherche » en coopération avec En Rue a donné lieu à l’écriture de plusieurs articles de recherche, proposés ci-après. Ces textes ont été réunis dans quatre Brochures, distribuées de la main à la main au sein des deux quartiers concernés. Par ailleurs, cette recherche-action se caractérise par une expérience originale : les membres du collectif En Rue et les chercheur·es ont co-produit des « fanzines de recherche », au nombre de quatre, largement diffusés auprès des habitant·es et au sein des institutions publiques de l’agglomération de Dunkerque. À la toute fin de la recherche, le collectif Union urbaine a réalisé un film sur cette expérience.


Le corpus



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